J’ai participé les 31 janvier et 1ier février 2008 à la première AGORA DU SPORT, débats et rencontres sur le sport à St-Tropez (83).
Pour plus d’informations : www.agoradusport.fr
Voici les conclusions des réflexions et débats que j’ai animés lors de ces journées, elles concernent les valeurs spirituelles et philosophiques du sport.
Le sport prend-il le relais de la religion ?
« La première caractéristique essentielle de l’olympisme ancien aussi bien que de l’olympisme moderne, c’est d’être une religion. En ciselant son corps par l’exercice comme le fait un sculpteur d’une statue, l’athlète antique honorait les Dieux… »
Pierre de Coubertin
L’olympisme est antérieur au christianisme, mais c’était une grande manifestation religieuse.
Religion : vient de religare, relier, créer du lien avec quelque chose de beaucoup plus grand que soi. Le sport crée du lien, « il fait exploser les différences, le communautarisme et réussit à réunir des gens tout à fait différents ».
« Le sport est un espace de vie au sein du quartier, de la ville, un espace de convivialité ».
Heimermann
Le sport a ses rituels et Durkheim dit que « Les rites servent à distinguer le sacré du profane. »
On retrouve une hiérarchie dans le sport comme dans la religion : le CIO, c’est le Vatican du sport, les joueurs, les Dieux du stade, les icônes, les supporters, leurs apôtres, les spectateurs, leurs fidèles… Les stades avec leurs assemblées universelles sont devenus les cathédrales des temps modernes avec leur liturgie, leurs chants, leurs rites… Dans les religions, il y a parfois de l’exclusion et de l’intégrisme, le sport est quelque chose de fondamentalement laïque. Pourtant, quand les sportifs entrent dans le stade certains se signent, portent des médailles, se lavent le visage…
Quand on entre dans le sport, on n’entre pas en religion. Certains idolâtrent les sportifs mais eux-mêmes ne recherchent pas cet effet, le sport, c’est d’abord du plaisir bien avant d’être un substitut d’une religion.
En quoi le sport est-il comparable à la spiritualité ?
La spiritualité est la quête de « l’Esprit », chemin de l’évolution, de l’ouverture à soi, aux autres et au monde, vers le savoir être et la pleine présence.
« La spiritualité est une matrice dans laquelle se forge l’humain. »
Auguste Comte
Le sport rend vigilant, attentif, concentré, demande le meilleur de soi, invite au dépassement. Le courage, le respect, la discipline, l’honnêteté, la persévérance, le sens de l’effort, l’esprit d’équipe, l’amitié, la fraternité sont ses valeurs partagées. Le sport est un vecteur éducatif important parce qu’il construit la personnalité.
« On ne peut pas dissocier l’activité physique de l’esprit. »
On sait que pour être performant, il faut rechercher des ressources dans le mental. « Le sportif touche parfois au sublime. »
Mais il y a une dérive, un côté pervers. Le sport induit la nécessité de hiérarchiser, de gagner, d’être le premier. Il est compétition et génère des comportements de lutte, de guerre.
« Les démons de l’individualisme et de la compétition impitoyable ont transformé des jeux anodins en raisons de vivre, en instruments d’affirmation personnelle et de conquêtes guerrières, où les compétitions assassines déclinées jusqu’à l’écoeurement dans le sport spectacle prostituent le sport en le tuant. »
Redeker
Ces attitudes et comportements sont dirigés par le cerveau reptilien de l’homme lequel fonctionne totalement coupé du cerveau cognitif donc de la raison. Le sport aurait-il perdu sa raison ?
Peut-on imaginer un monde sans compétition ?
La compétition a perdu son sens primordial (chercher avec) et engendré la loi du « citus, altius fortius » qui alimente « le vertige du quantitatif » et nourrit la loi de l’ego. L’ego compare, hiérarchise, cherche sa valeur dans l’avoir, le pouvoir, le paraître, la jouissance, il compense et ne veut surtout pas trouver qui il est vraiment.
Chiffres, scores, temps, montants des transferts, nombre d’entrées, indice d’audience : « je vaux plus, je vaux moins, je suis le plus… », le sport est devenu comptabilité, chaque champion vaut quelque chose « des dizaines de secondes, des millions de dollars ».
La valeur d’un homme ou d’un champion se mesure par l’avoir et qu’en est il de l’être ? Nous sommes passé du JEU au JE de l’ego.
Quel est l’avenir pour le sport : « une machine à alimenter le quantitatif ? »
Le sport est il la religion du corps ?
La civilisation de consommation a transformé le corps en une image, et « le diktat de la performance et le domptage industrialo-quantitatif » ont moulé le corps du sportif par des moyens mécaniques, chimiques et biologiques, bio pharmaceutiques, il a perdu son âme et son esprit et gagné un mental d’acier pour devenir un méta corps, avancé par François Dagognet, « un autre corps, celui des records et des dépassements sans fin. »
« La star sportive pousse à vivre comme elle, par mimétisme. Elle est people plutôt que peuple et l’effigie d’un style planétaire », elle devient modèle.
Le sport et la politique
« Le sport lie l’individu à la société. Il lie l’être humain à lui-même, le constitue en personne, le lie aux autres c’est-à-dire il constitue politiquement la cité. »
Platon
Le sport est l’apprentissage de la citoyenneté, de la fierté collective derrière l’hymne et le drapeau avec pour dérive les luttes guerrières entre les clubs et les cités. Le sport console, apaise. Le sport volatilise-t-il la lutte des classes ?
« Le vivier des équipes de foot aujourd’hui encore est la cité. D’autres sports sont réservés à des classes sociales privilégiées : sur un marathon toutes les classes sont représentées. »
« Toutes les petites nations savent que le sport est un projet politique, une représentation des valeurs du monde et donne la sensation de pouvoir et de puissance. »
Serait-il aussi l’instrument le plus performant du maintien des choses en l’état ? On préfère que « les jeunes » et les autres se défoncent sur les stades plutôt qu’ils songent à la révolution.
« Les pouvoirs préfèrent- ils les meutes beuglantes des grands soirs de matches aux mouvements d’activistes ? »
Redeker
« Le sport prend le relais des politiques totalitaires et des idéologies du siècle passé qui ont voulu engendrer par la force et par le crime l’homme nouveau. » Il façonne l’humanité. Dans l’Antiquité, il façonnait les héros pour la guerre ; au 19è siècle, il permet de rendre les corps et les esprits dociles au travail en usine ; avant-guerre, il forme la jeunesse, les cadres avec les dérives connues. Depuis la deuxième moitié du 20è siècle, forge-t-il un homme nouveau qui intègre « les impératifs de la performance au point de mécaniser son corps et son esprit » ? Le sport de consommation, les marques et les champions sacralisés créent ce nouvel individu.
L’art de la guerre a aboutit à Hiroshima. Jusqu’où ira le sport ? Clonera t-il par mimétisme la masse des hommes ? Quelle sera l’humanité avec cette uniformisation des êtres ?
« Si dans les années 50-68 où l’emploi était garanti à vie, on ne remettait pas en cause le discours de ses parents et de la société, aujourd’hui les jeunes sont ils prêts à ne plus prendre pour argent comptant, les discours médiatico-publicitaires ? »
Le sport et les droits de l’homme
Boycotter les jeux de Pékin en raison de la violation des droits de l’homme peut-il changer le régime chinois ? Est ce une utopie ?
« Les jeux ont eu lieu à Berlin et 10 ans plus tard on assistait à la chute du mur… »
Conclusion
Le sport est un livre planétaire, une vision du monde qui rend lisible l’avenir. Quel sport pour demain, un sport sans compétition ?
« Ce qui est intéressant, c’est de se dépasser soi-même, pas de dépasser l’autre »
Albert Jacquard
« Est-ce une utopie que d’entretenir le souvenir d’un désir de vivre autrement, en prenant le temps, en donnant de soi, en se faisant plaisir, en se mesurant aux autres et à soi-même dans l’amour, la réflexion et la générosité, en mêlant activités physiques et cérébrales dans des jeux célébrant la liberté, l’égalité et la fraternité, c’est-à-dire nous réapprenant chaque jour à vivre joyeusement ensemble. »
« L’Utopie est une réalité dont on ne dispose pas des moyens. »
Claude Roggero