En mars 2006, en compagnie de Yannick NOAH et de Pascal JULIAN, président de
SPORTS & ETUDES CONCEPT, j’ai eu le plaisir de participer à la conférence
« Si le sportif de demain sortait des cités ? ».

Voici la synthèse de cette conférence.
L’éducation des enfants des cités, souvent nés en France de parents immigrés
est passée du collectif à l’individuel. Les parents isolés dépossédés de la
famille et du village à la suite de leur immigration se sont retrouvés avec de
nouveaux repères. Comment éduquer les enfants en intégrant leur héritage
personnel, familial, culturel et collectif et la nécessité de s’intégrer dans la communauté de
citoyens ?
Azouz Beggad dit : « Lorsque je suis arrivé en France j’ai appris à passer
du NOUS au JE. »
Ils subissent une discrimination sociale très forte et quelques individus leur
rendent la vie impossible.
Ces difficultés montrées du doigt au dépend des réussites ont fini par créer des
stéréotypes, des amalgames dangereux , des stigmatisations communautaires et
sociales caractérisant les jeunes des cités (jeunes habitants les zones
socialement défavorisés, zones sinistrées socialement) :
- L’échec scolaire (dans certains territoires, 20% des élèves sortent du système scolaire sans maîtriser la lecture).
- La perte des repères dès le début de l’adolescence.
- Le refus de tout ordre établi.
- Le non respect.
- La communication centrée sur la violence.
- La perte de conscience du mal et du bien.
- Le rejet du monde du travail, le chômage.
- Les bandes d’individus semblables parfois très structurées afin d’éviter la solitude. Ils y retrouvent compréhension, sécurité, revalorisation narcissique. Dans cet espace ils transgressent l’interdit, ils s’opposent à toute forme d’autorité, familiale, religieuse, sociale, à toute limitation pulsionnelle et basculent progressivement dans la délinquance, le vol, le délit, l’alcool et la drogue.
Ils sont victimes du délit de faciès, de la parole humiliée, d’atteinte à la
dignité : « Le regard porté sur nous est toujours celui sur un
étranger. »
Les jeunes des cités ne sont pas tous des délinquants : « Un brin
d’herbe, une fleur poussent souvent dans les endroits les plus
inattendus. »
La revendication du milieu « immigré » est « venez découvrir nos
talents. »
Certains l’ont bien compris comme l’association « Fête le mur », créée
par Yannick Noah et la section Sport Etudes des Hauts de Nîmes.
Pouvoir entrer dans une section Sport Etudes est-il une opportunité
d’éducation, de formation, d’insertion pour le jeune des cités ?
- Le sport études sort le jeune de sa cité : il entre dans le monde de la mixité ; de nombreux exemples d’insertion (Fawzi Gharram, Quartier Mont Gaillard, Le Havre, l’Ecole de la 2ème Chance, Corine Dannenmuler « Initiative pour réussir l’insertion »…) insistent sur l’importance de cette mixité et de sortir les jeunes des zones géographiques socialement sinistrées.
- Le sport études permet une scolarité aménagée et suivie que le jeune n’aurait peut-être pas pu avoir et des possibilités d’entraînement sportif dans de meilleures conditions.
- Le sport études redonne du sens et de la valeur ; le jeune, comme tous les jeunes en ont besoin, redécouvre la valeur du travail et de l’effort. Il a été choisi : « J‘existe enfin ! », et la classe, le sport deviennent un haut lieu d’affirmation de sa personnalité (« Tel on est dans la vie, tel on est sur le terrain de sport, tel on est en classe »). Concernant la valeur, il est important de différentier le faire et l’être (« J’ai perdu ou j’ai une mauvaise note en classe donc je suis nul, il m’a battu ou j’a raté mon devoir donc je ne vaux rien »). Le jeune en difficulté sociale a besoin de reconstruire son image et sa confiance en lui.
- Le sport études redonne un cadre : lieu de vie, discipline, règles, organisation, planning, horaires, suivi, responsabilité, autonomie, projet individuel, objectifs précis.
- Le sport études permet l’évolution de la personnalité : les jeunes en pleine croissance rencontrent les problèmes liés à l’adolescence, la puberté, à l’image de soi, au besoin de se différentier de ses parents, de s’opposer, de s’affirmer. Il faut décharger toutes ces énergies et le sport est en est l’outil par excellence. La formation au savoir être et le développement de l’intelligence émotionnelle sont des leviers puissants indispensables à programmer. Ils développent le centrage et la concentration, la capacité à gérer ses émotions positives et négatives, décuplent la puissance intérieure, permettent la prise de recul, le lâcher prise, le dépassement et la gestion du stress…
- Le sport études insère et intègre le jeune loin de sa cité, de sa famille, et de sa bande dans un groupe social mixte dont les membres sont d’origines variées, de milieux, de cultures différentes. Il apprend le respect de l’individu comme de lui même, la communication non violente (cf savoir être), il expérimente la solidarité et devra gérer les peurs, les jalousies, les frustrations, les désirs et les pulsions au sein de cette communauté.
- Le sport études devra fournir l’accompagnement indispensable pour les jeunes des cités et plus particulièrement les jeunes en difficulté sociale. Parfois un accompagnateur issu du terrain, ou un médiateur, ou un tuteur seront nécessaires. La transparence de fonctionnement, l’exemplarité et la créativité sont des atouts indispensables au sein de l’équipe entourant le jeune.
- Le sport études, outil d’insertion ? Le marché du sport est en pleine croissance et les métiers du sport, des loisirs, du tourisme se développent. Le projet professionnel s’insérant dans un projet de vie doit se préparer sur le long terme. Dans le sport études, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus au titre de champion. Une réflexion sur la reconversion et l’accompagnement dans les filières professionnelles est indispensable.
Téléchargement communique_de_presse_si_le_sportif_de_demain_sortait_des_cits.doc
Après les événements de fin d’années dans les banlieues, cette réflexion est
plus que jamais d’actualité. Pour que les jeunes des cités puissent intégrer
des sections sports études, il faut multiplier les initiatives comme « Fête le
mur » et les équipements sportifs dans les cités, mais il faut surtout sortir
les jeunes sportifs des cités et leur permettre de vivre et pratiquer le sport
dans la mixité.
Alors pourquoi ne pas leur ouvrir les portes des sections sport études ?
Pour en savoir plus :